#1 Une définition

Le harcèlement dans la rue, ce sont les attaques, critiques, brimades et moqueries répétées dont les femmes et personnes LGBTQ sont les objets dans l’espace public de la part d’individus qui leur sont inconnus.

Il varie en forme et en intensité et inclut : coups de klaxon, sifflements, bruits de baisers, gestes vulgaires, regards concupiscents, commentaires sexistes/homophobes/racistes ou explicitement sexuels, commentaires sur l’apparence physique, masturbation en public, exhibition sexuelle, frotteurisme, attouchements, et jusqu’à l’agression.

Par espace public, il faut entendre la rue, les transports en communs, les parcs, les plages, etc. Il peut aussi s’agir d’endroits semi-publics comme les grands magasins, les clubs de sports, les bars, les cinémas, etc. Plus généralement, il s’agit de tout lieu où les relations sont anonymes. L’ENVEFF définit l’espace public comme “un environnement “extérieur”, par opposition au couple, à la famille, au foyer, au cercle d’amis. Il exclut aussi le lieu de travail (…).”

Erving Goffman dans Behavior in Public Places (1963) explique qu’il existe une règle dite de l’inattention civile entre inconnus dans les endroits publics qui selon lui rend possible la vie en ville.

Il s’agit du processus par lequel les personnes se trouvant dans le même milieu physique d’interaction montrent les unes aux autres qu’elles sont conscientes de la présence des unes et des autres mais sans être menaçantes ou trop amicales. Il se caractérise par la mise en œuvre de moyens élaborés déstinés à prétendre que nous ne regardons pas, ne faisons pas attention, n’écoutons pas ce que les autres sont en train de faire.

Par exemple, nous évitons de regarder les inconnus dans les yeux, et les enfants sont grondés lorsqu’ils montrent quelqu’un du doigt car ces comportements sont des tabous sociaux, ils placent l’autre dans une catégorie à part.

Carol Brooks Gardner compte trois exceptions à cette règle de l’inattention civile, c’est-à-dire trois situations dans lesquelles il est permis d’interpeller ou de commenter un inconnu dans un lieu public :

1. Pour demander de l’aide ou un renseignement.
2. Lorsque cet inconnu est inhabituel (par exemple, il/elle se déplace à cloche pied) ou étonnamment identique à moi-même (il/elle porte la même mallette au logo de la même entreprise que moi).
3. Lorsque cet inconnu est accompagné d’un enfant ou d’un animal lesquels sont considérés comme des catégories “ouvertes”.

Or, le harcèlement dans la rue rompt clairement ce pacte social d’évitement et d’inattention et marginalisent celles et ceux qui en sont l’objet. Garner toujours, remarque que les femmes sont stigmatisées, “marquées”, lorsqu’elles traversent l’espace public et qu’il s’agit là de leur faire savoir soit qu’elles sortent de leur rôle quand elles se trouvent dans cet espace, soit que leur rôle est en fait d’être ouvertes au public.

Author:

Hollaback! est un mouvement international pour mettre fin au harcèlement dans la rue. Nous pensons que vous avez le droit de vous sentir en sécurité et d'être en paix quand vous marchez dans la rue, empruntez les transports en commun ou faites votre jogging.

5 Responses

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  1. Héas Stéphane dit :

    bonjour, je découvre votre site et suis ravi de cette initiative francophone

    Bonne suite
    S Héas

  2. Papillon dit :

    Très bon site, mais je ne peux rejoindre le “3. Lorsque cet inconnu est accompagné d’un enfant ou d’un animal lesquels sont considérés comme des catégories “ouvertes”.”. Je ne vois pas en quoi le fait d’être accompagné d’un animal ou d’un enfant donne le droit d’être accosté sans raison valable. C’est pour moi tout autant un manque de respect que si la personne est seule. De plus, être un enfant ne devrait pas être source d’irrespect non plus. Certes, on peut plus facilement engager la conversation avec un enfant, mais il ne s’agit pas de le traiter comme un élément du paysage ou d’enfreindre des règles de courtoisie élémentaire (ne pas toucher, ne pas poser de questions trop personnelles, ne pas prendre un ton condescendant). D’ailleurs, un animal non plus n’aime pas nécessairement être touché sans son accord. Mais certes, les paroles qu’on lui adresse ne peuvent importuner que son maître.

    Soit dit en passant, je ne suis pas non plus d’accord avec “2. Lorsque cet inconnu est inhabituel (par exemple, il/elle se déplace à cloche pied) ou étonnamment identique à moi-même (il/elle porte la même mallette au logo de la même entreprise que moi).” ; quand je reviens des courses avec, exemple aléatoire, une caissette de pommes, je n’ai pas envie que des inconnus commentent le fait que je dois aimer les pommes ni me demandent ce que je vais faire de tout ça (j’ai d’ailleurs régulièrement, pour rester dans le thème de ce site, expérimenté des GLs utilisant ceci comme prétexte pour m’agresser verbalement “Je vois que tu aimes les bananes, ma cochonne !”). De même si j’ai le crâne rasé à cause d’un cancer ou si j’ai une hideuse cicatrice sur la joue à cause d’un accident, ce qui fait pourtant de moi quelqu’un d’inhabituel et devrait donc selon cette règle autoriser les commentaires.

    Bref, de mon humble point de vue, ces critères ne me semblent pas vraiment adaptés, et les critères suivants correspondraient mieux à ma vision des choses ;

    1. Pour demander ou proposer une information (de l’aide/renseignement à la curiosité non-intrusive).
    2. Pour engager la conversation (uniquement s’il y a contact visuel).

    Mais les GLs les plus subtils jouent là-dessus ; font semblant d’avoir besoin d’indications sur un plan pour vous forcer à vous approcher, vous proposent de l’aide pour avoir un prétexte pour vous suivre (combien de fois ai-je dû décliner des offres a priori aimables, mais faites avec un regard lubrique, et insistantes ?).

    Il y a donc aussi d’autres critères lorsqu’on engage la conversation avec un(e) inconnu(e) ; respecter une certaine distance, garder un ton neutre, ne pas insister.

    • HBF dit :

      Ce que Carol B. Gardner voulait dire en établissant des exceptions à la règle de “l’inattention civile” était que être accompagnée d’un enfant ou d’un animal de compagnie permettait à deux inconnus de s’aborder (respectueusement) quand généralement c’est une ignorance polie qui aurait régné. Voyez comme deux personnes qui promènent leurs chiens engagent facilement une conversation.

      De la même façon, il ne s’agit pas de commenter sans tact l’aspect extra-ordinaire d’une personne que l’on peut croiser, mais dire que généralement, une interaction (respectueuse, toujours) sur cette base sera tolérée. Par exemple :”Oh je vois que vous travailler aussi pour l’entreprise Machin, dans quel service ? Et vous allez à la conférence Truc ?”…

      Dans de telles situations, on tolère que des inconnus viennent nous parler alors que, encore une fois, la règle dans la rue est : “Je-ne-fais-pas-attention-à-toi”.

      Nous présentions ces exemples pour souligner que seules ces rares exceptions étaient valables et que le harcèlement dans la rue, parce qu’il ne relève ni de la règle, ni des exceptions tolérées, brise les tabous et les règles tacites des relations entre inconnus dans les espaces publics.

      Mais vous soulevez un point intéressant : certains harceleurs plus habiles que les autres savent jouer et se servir de ces règles. Je te demande l’heure innocemment et, tant que je suis près de toi, j’en profite pour glisser une main dans ton pantalon (http://france.ihollaback.org/2011/01/29/new-submission-2/).

  3. Lapin-phile dit :

    Bonjour,

    je me ballade de temps en temps avec un animal, par exemple pour l’emmener chez le vétérinaire ou tout simplement le déplacer.

    Hé bien c’est affreux : les gens me parlent beaucoup plus, et certains se permettent de toucher à l’animal sans même me demander la permission… Ce qui est une agression, à la fois pour le l’animal (ça n’est pas un objet ! vous aimeriez être touché par de parfaits inconnus alors que vous n’avez rien demandé ?!) et moi, par extension.

    C’est tellement souvent le cas que je m’ingénie à les transporter dans des sacs passe-partout, pour qu’on ne puisse pas suspecter leur présence et me/le faire ch***. Un comble, non ?

    Il est aussi arrivé qu’un passant veuille que je leur cède mon lapin, là, parce-qu’il s’en occuperait bien. Et puis quoi encor ? Mignon et inoffensif, donc en libre-service ?

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