Du harcèlement et des vêtements que nous portons

Beaucoup d’histoires sur Hollaback! commencent par “je portais ça quand c’est arrivé.” Leurs auteur·e·s voulant ainsi souligner qu’ils ou elles ne portaient pourtant rien de provoquant quand on les a harcelé·e·s. Le harcèlement dans la rue n’est pas de notre faute, nous savons ça. Nous savons aussi que l’ombre du soupçon pèse toujours sur les femmes (en particulier) harcelées ou agressées.

Le harcèlement dans la rue n’arrivent qu’aux femmes qui s’habillent sexy ? Un mythe.

Anodin, une jupe ?

Si je suis harcelée alors que je portais ma petite-jupe-noire-qui-tue ou ce pantalon à la coupe parfaite, est-ce que j’aurais honte de l’avouer ? C’est possible. Pour se convaincre des choses que l’on sait pourtant déjà, il faut se les répéter encore et encore : oui, on s’habille parfois pour impressionner son partenaire ou ses ami·e·s ou son rendez-vous galant ; jamais pour s’attirer le commentaire graveleux d’un parfait inconnu. Oui, dans de telles tenues, on se retourne parfois sur notre passage et ce n’est pas toujours déplaisant du moment que cette attitude demeure respectueuse.

Les vêtements que nous portons changent le regard des gens : ce regard peut être séduisant, et l’on a alors envie d’en jouer, ou il peut être menaçant, et l’on doit alors s’en protéger. Maïa Mazaurette a écrit pour Arte.fr un billet sur “les effets de la jupe” qui explique bien tout ce que ces “quelques dizaines de centimètres de tissu” comportent d’ambiguïté et de complexité.

Nous sommes toujours partagés entre le désir de porter ce que bon nous semble au nom d’un “droit d’être sexy” et la crainte de se faire emmerder et donc d’opter pour une tenue passe-partout au nom d’un “droit d’être anonyme.”

Safe vs. Sexy

La photographe américaine Sarah Hughes a voyagé autour du monde (Canada, Etats-Unis, Suède, Argentine, Afrique du Sud) pour réaliser The persona Project: Safe & Sexy. Elle a photographié des femmes dans les tenues qui les faisaient se sentir le plus en sécurité et celles qui les faisaient se sentir le plus sexy. Selon les pays, la différence est flagrante ou imperceptible. L’occasion de débattre sur la façon dont les questions de confort, de sécurité ou le jugement des autres affectent nos “personnages”.

Son travail illustre parfaitement ces deux réalités de nos vies : protection et séduction. Je vais à une soirée, j’enfile des talons aiguilles, mais dans mon sac je mets une paire de chaussures plates en prévision du retour. Nous avons deux “personnages” interchangeables selon les situations. Vous aussi, la vie de Clark Kent/Superman vous paraissait compliquée quand vous étiez mômes ?

Je ne l’ai jamais cherché

Les femmes sont souvent jugées sur leur apparence et accusées d’avoir provoqué leur agression. (Prenez au hasard de vos résultats Google un article sur l’agression d’une femme. Lisez les commentaires des internautes en bas de la page.) Cet argument est celui de celles et ceux qui croient encore qu’il suffit de respecter certaines règles tacites et universelles pour éviter d’être harcelé ou agressé (ne rien porter de trop provoquant, ne pas traîner trop tard le soir, ne pas trop boire…). Il est aussi celui des harceleurs et agresseurs qui refusent de prendre leurs responsabilités.

The Blank Noise Project, en Inde, a imaginé le projet I Never Asked For It (“Je ne l’ai jamais cherché”). Le concept : envoyer une photo des vêtements que l’on portait au moment où l’on a été harcelées. Exhibées comme des pièces à conviction et tristement suspendues à des cintres, ces garde-robes ont l’air bien innocentes.

Pour se convaincre des choses que l’on sait pourtant déjà, il faut se les répéter encore et encore : une tenue vestimentaire, ou l’individu qui la porte, ne provoquent pas le harcèlement. Le harceleur provoque le harcèlement. Rien ne peut constituer une invitation à une agression. De quoi rappeler ce spot pour une campagne de prévention contre le viol au Royaume-Uni :

Dans un bar, deux hommes commentent une fille qui se trouve un peu plus loin. Elle porte une jupe bleue à paillettes.

Un des types : “Ouuu, regarde un peu cette jupe ! Elle le cherche, là !”

Flashback. Cette même fille, quelques heures plus tôt dans une boutique de vêtements.

Une vendeuse : “Est-ce que je peux vous aider ?”

La fille : “Oui, s’il-vous-plaît. Ce soir, je sors et je voudrais être violée. Je cherche une jupe qui incitera un type à coucher avec moi sans mon consentement.”

Puis elle montre deux jupes, une rose, une bleue à paillettes, qu’elle n’arrive pas à départager.

La vendeuse : “La bleue. Sans aucun doute, la bleue.”

“Comme si.”

 

Author:

Hollaback! est un mouvement international pour mettre fin au harcèlement dans la rue. Nous pensons que vous avez le droit de vous sentir en sécurité et d'être en paix quand vous marchez dans la rue, empruntez les transports en commun ou faites votre jogging.

2 Responses

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  1. [...] expérience de l’espace public inspire parfois les artistes. Nous avions évoqué le travail de Sarah Hughes qui, dans The persona Project: Safe & Sexy, a photographié des [...]

  2. [...] parlions ici de la façon dont les femmes étaient constamment jugées sur leur apparence. Le matin devant leur [...]

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