Marianne : “Au Royaume-Uni, je me fais harceler 3 fois en un an.”

J’ai déjà partagé une histoire de harcèlement de rue particulièrement vulgaire sur Hollaback France en juin 2012, à Bordeaux. En France, le harcèlement de rue est systématique et quotidien et j’étais constamment sur mes gardes, ayant appris à repérer et éconduire sans ménagement les harceleurs. A Bordeaux plus particulièrement, je ne comptais plus les regards lubriques, mains baladeuses et autres demandes de fellation et/ou sodomie vulgaires et irrespectueuses. (Notons par ailleurs, dans mon cas, qu’ils ne demandent que rarement du sexe vanilla, hein. Ce sera toujours des actes très intimes que je ne préfère pratiquer qu’avec un homme que j’aime, des actes qui demandent une totale confiance en l’autre. Ça en dit long sur la conception du sexe des harceleurs, soit dit en passant…)

Mettons une moyenne de 10-12 PAR JOUR, d’hommes qui pensent que je suis à leur totale disposition sexuelle parce que j’occupe l’espace public et que je possède un vagin et que HAN LA SALOPE j’ai des seins, des bras, des jambes ET JE LES MONTRE. Multipliés par 300 jours d’occupation de l’espace public, multipliés par les six années que j’ai passé à Bordeaux (et je ne compte évidemment pas les harceleurs dans ma petite ville de province les dix-neuf années précédentes), on obtient des chiffres faramineux. Cela vous donne une petite idée de ce que toutes les femmes de ce pays endurent au quotidien.

Je suis une jeune femme de 25 ans, blonde aux yeux verts, taille 38, considérée comme jolie par le sexe opposé, et j’aime bien m’habiller. Jupes, robes, talons, décolletés, je n’ai jamais oh grand jamais modulé ma garde-robe pour éviter le harcèlement, sauf de passage dans des quartiers dits “chauds” où, parce que j’ai été prévenue d’avance, il est de notoriété publique que le harcèlement devient dangereux et physiquement agressif. Je suis citoyenne française et j’ai le droit de jouir de l’espace public en France (ou ailleurs, même!) sans que l’on vienne présupposer de ma disponibilité sexuelle ou disposer de mon corps sans mon consentement.

Je vis depuis un an au Royaume-Uni. Ma garde-robe n’a pas vraiment changé, ah, si, j’ose le court, les sequins, des pièces qui ne se vendent pas en France car la mode y est plus… traditionnelle. Plus longue, moins colorée… Discrète. Conservatrice, presque. En un an d’expatriation (je vis au nord de Londres, zone urbaine et populaire), j’ai compté très exactement TROIS harcèlements de rue qui m’étaient destinés, alors que je marchais seule dans la rue.

TROIS.

Un type qui m’a balancé un regard lubrique, auquel j’ai répondu en le fixant jusqu’à ce qu’il cesse de me dévorer du regard comme un steak tartare.
Un mec qui m’a sorti que j’avais un “nice ass” (beau cul) auquel j’ai répondu “fuck off” (va te faire foutre).
Un mec qui a gueulé que j’étais canon depuis sa camionnette.

Au Royaume-Uni, je me fais harceler 3 fois en un an. Des harcèlements plutôt bénins, comparés à ce que je subis dans mon pays de naissance. Des harcèlements d’hommes qui ont le double de mon âge et souffrent probablement d’une misère sexuelle profonde. Ça n’est pas mon problème, évidemment. Je les rappelle à l’ordre.

En France, je me fais harceler tout le temps, par tout le monde. 3000 fois par an. De manière violente et agressive, et si j’ai l’outrecuidance de répliquer, j’en subis les conséquences. Mais je m’en moque. Je ne cesserai jamais de me battre. L’espace public est à moi et j’en fais ce que je souhaite tant que je respecte autrui. Leur cerveau, c’est de la boue. Ce sont eux, les sales, pas nous. JAMAIS nous. JAMAIS de notre faute.

Pour les vacances, je rentre en France. Je sais que je vais devoir me préparer psychologiquement à lutter et à me battre. Ça ne me dérange pas de le faire. Et je sais que je pourrais toujours me réfugier dans mon havre de paix qu’est mon pays d’adoption désormais, ma petite “commuters’ town” où je vis et où je dispose tranquillement de l’espace public.

Ce pays a un problème. Il a fallu que je parte pour me rendre compte de l’amplitude de ce problème, endémique, qu’est le harcèlement de rue à la française.

Je ne dis pas que mon expérience de harcèlement au Royaume-Uni est commune à toutes les femmes dans le pays. Mais, il y a de quoi s’en réjouir. Il existe des lieux où je peux marcher librement sans être insultée ou rabaissée à ma “condition de femme”. (Whatever that means, diraient les Anglais.)

Courage! Battez-vous! Ne baissez jamais les bras. L’espace public est à NOUS. Pas aux pénis sur pattes. :)

§

Je suis avec toi
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5 Responses

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  1. molly dit :

    J’ai constaté la même chose en allant vivre en Angleterre et en Irlande. La bas, je ne me suis jamais fait emmerder, et même en rentrant seule à 3h du matin en plein Londres je me sentais parfois plus en sécurité que dans ma ville d’origine (pourtant beaucoup plus petite) en France. La palme revient à l’Irlande, où les filles peuvent mettre les jupes aussi courtes qu’elles veulent, se maquiller autant qu’elles le souhaitent, je n’ai jamais, jamais vu de mec faire une remarque déplacée ou même se permettre quoi que ce soit. J’ai vécu un an dans chacun de ces pays sans qu’il m’arrive un seul problème d’harcèlement. Quand je vais à Paris pour 3 jours, j’y ai droit plusieurs fois par jour donc oui, je pense qu’il y a vraiment un problème avec ça en France.

  2. Marie-Anne dit :

    @HBF & Maryse: Maryse, je suis vraiment vraiment désolée de cette lutte de tous les instants en France. Il est triste également que tu doives adopter la posture locale pour qu’on te laisse tranquille.
    Et effectivement, si on a l’air heureuse, cela semble être une porte ouverte pour le harceleur de te demander si tu as baisé/sucé, etc, ou si tu aimerais sourire pour une raison, à savoir sentir le péni dudit harceleur dans un de tes orifices, ça te fera comprendre le VRAI bonheur, hein #troll Comme si on ne pouvait pas simplement être heureuse sans que ce soit le fait d’un homme…

  3. Maryse dit :

    @ HBF RE: la différence entre l’expérience d’harcèlement chez vous et à l’étranger

    En fait, j’ai vécu (ou je suis en train de vivre) une expérience exactement l’inverse de la tienne. Américaine, j’habite maintenant à Paris depuis plus d’une année. Avant j’habitais à Washington, DC, ville avec une réputation assez mauvaise pour l’harcèlement dans la rue. Pourtant, j’ai pu constater que même pour les étrangères, l’expérience d’harcèlement est MILLE FOIS pire à Paris.

    Actuellement, je dois avouer que j’habite dans un quartier assez bourgeois et je souffre beaucoup moins l’expérience d’être harcelé dans la rue. Mais avant je passais 8 mois dans le 10è, à coté du Boulevard Magenta, et là, le niveau d’harcèlement était vraiment à couper le souffle.

    Surtout, quand je me trainais avec une de mes amies anglophones, et on se parlait anglais, on était accosté deux fois plus que d’habitude, avec des propos pourris genre : “Sexy! Hello, SEXY! You want sex with me?! French kiss! French love is best!” etc, etc…

    Parfois, quand on ne répondait pas, ça devenait plus menaçant: on nous lançait des: “salopes! vous êtes en France, parlez français putain!” (une fois j’ai répondu avec “oui, je parle français, mais pas avec toi” et le mec a fait brusquement un pas vers moi avec des gestes brutales…heureusement j’étais jusqu’à coté d’un bar où je rencontrais des potes, donc j’ai pu facilement échapper de la situation)

    Tout ça pour dire qu’après un certain moment, j’en avais vraiment marre.

    Même dans des situations “normales” avec des mecs français dits “normaux” j’ai parfois du mal à supporter le coté draguer, séducteur, etc… Il m’est arrivé une fois quand j’ai refusé les attentions sexuelles d’un mec, qu’il m’a traité de “puritaine américaine”. Ah ouais, voilà le cliché dont on ne lasse jamais: les américaines, c’est toutes des puritaines coincées (sauf quand nous sommes des salopes, bien sûr)…

    Mais malgré tout cela, j’adore Paris et la France. J’ai adopté des parisiennes des stratégies pour supporter l’harcèlement habituelle et en ce moment ça marche beaucoup mieux. Par exemple, je me suis vite débarrassée de ce sourire idiot et habituel que je portais tout le temps sur mes lèvres les premiers mois parce que j’étais juste trop contente d’être à Paris quoi! Maintenant j’ai l’air stressée tout le temps (parce que je *suis* stressée) et on m’aborde beaucoup moins :)

  4. Marie-Anne dit :

    En théorie, oui, je suis plutôt d’accord. Le fait qu’on soit étrangère semble “annuler” notre appartenance au sexe féminin (j’allais dire vagin mais ça n’est pas une condition sine qua non de la féminité :3), et effectivement j’observe que mes amies anglaises souffrent bien plus du harcèlement de rue que moi, même en Angleterre (cependant dans des proportions bien moindres à mes statistiques françaises).
    Cependant les françaises traînent une réputation, notamment pour les anglo-saxons, de femmes dites “sexuellement libérées” et elles sont donc particulièrement prisées. Cela crée des situations propices au harcèlement (sans en être, hein, soyons claires… on peut être un chouia insistant tout en restant courtois, ne blâmons pas un homme de vouloir plaire en tout bien tout honneur), cependant lorsque l’on maîtrise bien la langue il est plus facile de couper court. En anglais, non, c’est non. Et c’est vraiment non. il faut parfois insister, mais une fois que les limites sont posées, il n’y a aucun problème.
    Seulement voilà, en France, une femme qui dit non, qui réagit, qui se rebiffe contre le statu quo, c’est quand même relativement mal vu. Dés la maternelle (grrr, rien que cette dénomination), on nous vrille dans le crâne que les filles sont douces et gentilles. Le harcèlement? Oh, bah, c’est une forme de drague un peu lourde HEIN #troll
    Oui, Hollaback est partout dans le monde. A plus forte raison que je lis les expériences de mes compatriotes, des femmes néerlandophones et anglophones, mais celles qui m’ont de loin le plus horrifié, ce sont les expériences françaises. Une violente inouïe et tenace. Comme une croûte.

  5. HBF dit :

    Beaucoup de femmes qui partent vivre à l’étranger font le même constat que toi. Moi y compris, j’ai vécu aux Etats-Unis.

    J’en ai d’abord tiré la même conclusion que toi: la France a un problème avec le harcèlement dans la rue plus que n’importe quel autre pays. Mais comment alors expliquer tous les sites Hollaback dans tous ces pays (Royaume-Uni et Etats-Unis compris)? Ça veut bien dire que dans ces pays où on s’est pourtant senties tranquilles, des femmes font l’expérience du harcèlement.

    Aujourd’hui, je crois plutôt qu’en tant qu’étranger dans un pays, on ne fait pas la même expérience de ce pays qu’un natif, et c’est aussi valable pour le harcèlement. Enfin, c’est une théorie…

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