Céline : “Plutôt que de le repousser sèchement, je suis partie. J’ai perdu.”

Ça s’est passé un vendredi en novembre, il n’y a pas longtemps. J’ai 16 ans, j’ai passé une insoutenable journée de neuf heures de cours, et maintenant, je dois aller travailler le code dans l’auto-école à côté du lycée.

Je m’assois au fond de la salle, sans réfléchir. Je n’ai pas fait attention et me voilà assise à côté d’un type qui croit apparemment qu’une fille qui s’asseoit à côté de lui veut du sexe, qu’elle le drague. Mais non, je me suis juste assise à la première place venue.

Le type a au moins 40 ans. J’écoute le cours et il commence à me draguer. Lourdement. Il me parle de ce que je mange, puis enchaine sur ce que je fais dans la vie, si je suis célibataire, si je suce. Il dit qu’il n’a pas souvent l’occasion de rencontrer une adolescente si “classe et mature”. Pour lui mature veut dire bonne à baiser. Je comprends que je ne suis pas la première gamine à qui il s’en prend.

Entre deux paroles obscènes, il pose sa main sur ma cuisse. J’ai envie de gueuler dans la salle pour que tout le monde voit ce qu’il fait, mais je n’ose pas. La salle est sombre et silencieuse, tout le monde est concentré. Je suis sûre que les autres entendent le pervers me chuchoter des obscénités, mais ils font comme si de rien n’était. Il ne s’est écoulé qu’une demi-heure, je devrais rester encore, mais je n’ose même pas lui dire d’enlever sa main de ma cuisse ! C’est con mais sur le moment j’ai réagi comme si c’était son bon droit. Alors plutôt que de le repousser sèchement, je suis partie. J’ai perdu. Ça aurait dû être à lui d’être gêné et de partir, mais non.
Je me suis allumé une clope devant le bâtiment et, aussitôt, je l’ai vu sortir. Il m’avait suivie dehors et il me souriait. Je suis partie, d’abord en marchant, puis en courant, et lui m’a regardée jusqu’à ce que je disparaisse dans une autre rue. J’étais terrifiée, je pensais qu’il m’avait suivie. J’ai appelé ma mère en pleurant et j’ai attendu qu’elle vienne me chercher avec la peur au ventre, la peur qu’il me retrouve.

J’en ai parlé un peu autour de moi. Ma mère en est désolée et ne sait pas quoi faire. Mes amies me disent que c’est normal, que je devrais être contente qu’on me trouve désirable. J’ai l’impression que personne ne conçoit l’ampleur et la gravité du harcèlement de rue. Ça me dégoûte.

§

Je suis avec toi
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6 Responses

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  1. Julie dit :

    Courage Céline, c’est assez traumatisant comme expérience !
    Quand à ceux (et celles…) qui trouvent flatteur de se faire abuser, qui pensent que c’est un signe indéniable de séduction, rappelons quand même que les pervers ne ciblent pas “que” les “jolies filles”. Leur but est de cibler une personne qu’ils estiment être “faible”, qui ne résistera pas à leurs avances. Rien à voir avec l’attirance physique, ce n’est donc pas un compliment du tout.

  2. Cam dit :

    Ta réaction (laisser sa main sur ta cuisse) n’a rien de con. Il a commencé par bousculer tes limites avec ses paroles dégueulasses, de sortes qu’une sorte de peur commence à te laisser sans défenses, puis il méprise encore plus tes limites en posant carrément la main sur ton corps comme si c’était un dû, maintenant qu’il t’a un peu “maîtrisée”. Enfin c’est l’impression que ça me donne, tu n’as peut-être pas le même ressenti. C’est violent et écœurant.

    Je te conseille, si tu en as le courage et si tu sens qu’il y aura une réaction positive, de te faire accompagner par ta mère (ou par quelqu’un qui ne pense pas que c’est normal!!!) pour aller parler de ce connard à ton auto-école.

    Courage!

    • Céline dit :

      Merci pour votre soutien à toutes :)
      Ça fait un moment maintenant donc il est un peu tard pour aller pousser une gueulante à l’auto-école malheureusement … J’ai si peur de le croiser à nouveau que j’ai changé d’établissement (La même entreprise mais un autre local, à l’autre bout de la ville). Je me sens ridicule, c’est lui qui devrait avoir honte …

      • Cam dit :

        L’état dans lequel tu te sens est normal, mais garde à l’esprit que tu n’es absolument pas ridicule quels que soient les moyens que tu utilises pour te protéger <3
        Tu as raison, c'est lui qui devrait avoir honte, mais il est trop méprisable pour ressentir ça.

  3. jessie dit :

    Je suis scandalisée de lire autant de gens qui disent “que tu devrais être contente qu’on te trouve désirable, que c’est normal…”.

    NON, c’est pas normal!

    Tu n’as pas à t’en vouloir de ne pas avoir pu réagir, n’importe qui dans ta situation aurait paniqué mais se serait retrouvé certainement paralysé par la peur ou autre…

    Je te souhaite du courage pour la suite.

    • vera dit :

      Quand je prenais des cours de conduite, c’est le moniteur qui me tripotait la cuisse. Je crois qu’il se voulait amical et rassurant, je prenais la conduite trop au sérieux, j’avais l’impression d’avoir une arme de destruction massive entre les mains (quand on voit comment certains conduisent, c’est pas faux). Il me tapotait la cuisse en disant qu’il avait eu beaucoup de jeunes clientes nerveuses. J’en ai parlé au directeur de l’auto-école et il m’a changé de moniteur.

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